Alain Bashung aux Victoires de la Musique, le 28 février 2009
© France 2Alain Bashung, qui avait connu son premier grand succès avec "Gaby" (1980), s'est éteint à 61 ans samedi 14 mars, d'un cancer du poumon.
L'auteur-compositeur-interprète, qui avait dû annuler de nombreux concerts ces dernières semaines, était apparu pour la dernière fois sur scène lors de sa consécration aux Victoires de la Musique le 28 février.
Apparu affaibli mais très digne et lumineux, extrêmement émouvant, Alain Bashung était venu chanter "Résidents de la République" aux Victoires de la musique, où il avait obtenu trois trophées: celui de l'Artiste-interprète masculin, celui de l'Album de chansons pour "Bleu Pétrole" et celui du Spectacle musical de l'année. Avec ce triple sacre, il était devenu à quelques jours de sa mort l'artiste le plus primé de l'histoire des Victoires de la Musique avec onze trophées au total.
Alors qu'il luttait depuis deux ans de façon acharnée contre un cancer du poumon, Bashung avait enchaîné depuis avril 2008 des spectacles intenses et inoubliables. Il s'était fait un point d'honneur à ne pas quitter la scène et ce n'est que contraint par la maladie qu'il avait annulé des concerts coup sur coup ces dernières semaines.
"C'est beau de fabriquer sur scène une émotion, de faire partager du sacré, du spirituel, du charnel", expliquait-il a propos de son rapport à la scène au journal Le Monde en 2003. "Le plur dur, c'est de trouver l'équilibre entre la complexité et le divertissement, de proposer un voyage, pas un récital."
Passionnant ciseleur de mots, l'auteur de "Vertiges de l'amour" confiait aussi à Libération en 2002: "Il y a un rythme dans chaque phrase, donc une musique. Chaque syllabe y prend sa place. C'est un automatisme: quand je lis un texte, je ne lis pas, je le chante dans ma tête. C'est naturel, j'associe toute phrase à un tempo."
Plusieurs chansons impérissables, incrustées dans l'imaginaire de la chanson française, ont jalonné sa carrière: "Gaby", "Vertiges de l'amour", "Sos Amor", "Osez Joséphine", "Madame Rêve", "Ma Petite Entreprise", "La nuit je mens" ou "Résidents de la République".
Si le grand public le connaît moins dans ce registre là, le chanteur avait aussi fait ses preuves au cinéma en jouant notamment dans "La Bande du Drugstore", "Nestor Burma", "Felix et Lola" et dernièrement "J'ai toujours rêvé d'être un gangster".
Modèle de rocker élégant à l'âme noble, Bashung avait pris de l’âge avec une classe folle. Toujours plus audacieux, plus subtil, plus exigeant, refusant de céder à la facilité commerciale, ce grand perfectionniste s’était hissé ces dernières années à de vertigineuses hauteurs où bien peu de vivants et quelques déjà disparus – Gainsbourg, Ferré – pouvaient encore le tutoyer.
Ses collaborateurs, ceux qui sont rentrés dans l'univers du maestro, disaient de lui qu'il "infusait les idées sans avoir à les dicter". Ils évoquaient quelqu'un d'exigeant mais jamais autoritaire, un intuitif privilégiant la créativité.
Devenu un des chanteurs français les plus respectés et les plus populaires, il disait pourtant encore il y a un an aux Inrockuptibles: "Je n'ai toujours pas l'impression d'être un vrai chanteur français populaire. Je n'arrive pas bien à saisir la musique française. J'ai été élevé dans des choses qui venaient d'ailleurs, une sorte d'exotisme. Je suis incapable de faire une vraie chanson française, je ne sais pas ce que c'est."
> Notre article Alain Bashung Roi des Victoires de la Musique
France 2 a rendu hommage dimanche 15 mars à Alain Bashung avec une émission spéciale préparée par Nagui à partir de 22h30. Emission suivie d'une captation du concert mythique de l'artiste au Bataclan en novembre 2003.
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