Nous exhumons pour l'occasion l'article que nous avions publié lors de la parution de son autobiographie en mai 2006, ce "Mauvaise réputation" dont nous vous recommandons la lecture.
Pour rappel, il déclarait peu après: "Ma musique n'est pas violente, elle est virulente. Quant à la violence, il m'est arrivé de passer à l'acte, mais c'est ma vie."
Mon père, cet étranger
A l'abord de la quarantaine, le pilier de NTM publie ses mémoires - gratinées, forcément gratinées. Connu pour son franc-parler, ses coups de poing fulgurants mais aussi pour son énergie phénoménale sur scène, Joey Starr se raconte ici sans langue de bois.
De l'enfance, où l'on découvre Didier Morville en garçonnet battu, maintenu de force loin de sa mère, au rappeur turbulent, le parcours donne lieu à des dizaines d'anecdotes explosives.
Il y a d'emblée le choc du chapitre "Mon père, cet étranger", où Joey Starr se souvient d'une enfance tragique qui le voit privé arbitrairement de sa mère dès l'âge de 5 ans - il ne l'a revue que 18 ans plus tard - et vivre avec un père violent et ultra-autoritaire incapable d'affection.
Ceci excuse-t-il cela ? Non. Et d'ailleurs il ne s'en excuse pas. Mais son attitude excessive, sa violence et l'immoralité dont il fait preuve ensuite, et qu'il détaille sans pudeur, passent mieux.
La Danse et le Graffiti
Sortir de ses quatre murs, s'échapper de sa cité (Allende à Saint-Denis dans le 93) et "représenter", sont ses préoccupations majeures dès le début. Avec le hip-hop déjà. Mais pas là où l'on croit : la danse hip-hop est le premier amour de Didier Morville. Il y excelle. Elle le mènera durant deux ans avec quelques comparses dès ses 16 ans en Italie pour des représentations.
Arrive ensuite l'armée. L'épisode hilarant "couille de loup" et les délires rocambolesques et à peine croyables de Morville sous les drapeaux, à lire absolument. A Baden Baden ils doivent encore s'en souvenir...
Revenu de cet enfer de 19 mois, Joey se prend "à fond" au jeu du graffiti, multiplie pour tromper l'ennui les virées casse-cou "sous les bombes" avec Kool Shen, les vols d'intérieurs de voitures et de scooters, les embrouilles et la défonce à grande échelle, avec une préférence pour l'acide - "l'acide, c'est comme les raclées avec mon père, j'en ai pris tellement, je ne me souviens plus de la première fois".
Au total, il goûtera à toutes les drogues dures jusqu'à la freebase, dans un bras de fer dément avec l'ennui et la mort.
La Naissance de NTM
Comment croyez-vous qu'est né NTM ? Par bravade, par orgueil, tout simplement, après une entrevue de Joey Starr et Kool Shen avec un certain Johnygo, responsable du premier maxi de rap français de l'histoire. Personne ne s'en souvient mais il mérite quand même une médaille.
Johnnygo leur explique en effet doctement un soir dans le métro que "le rap est une branche du hip-hop réservée à une élite" dont eux, ces Graffiti Kingz aux mains tachées de peinture, ne feront sans doute jamais partie. Cet affront a allumé la mèche. "Le soir même, on a commencé à écrire des conneries (...) Les trois premiers textes parlaient de graffiti".
"Il faut savoir que nous avons commencé la musique avec cette ambition : soit on cartonne, soit c'est la honte", se souvient la terreur du micro. "On venait pour tout brûler, pas pour faire de l'entre-deux. En danse, nous étions dans le Top-10. En graffiti, nous étions dans le Top-10. Si on faisait du rap, il fallait qu'on soit dans le Top-10".
Le reste de l'histoire du plus grand groupe de rap français et de l'un des plus implacables du hip-hop mondial sur scène est connue. Sauf la rupture, dont Joey Starr avait toujours refusé de parler jusqu'ici, et qu'on vous laisse découvrir.
Joey Starr donne aussi sa version de l'hôtesse, quelques détails pudiques sur sa liaison en dents de scie longue de dix ans avec sa complice Béatrice Dalle et livre des dizaines d'autres anecdotes brutes de décoffrage sur sa vie intense de lutteur du quotidien pour qui tout est un combat et rien n'est jamais gagné ni acquis.
Philippe Manoeuvre en scribe
C'est le remuant rock-critic Philippe Manouvre (entre-temps juré de la Nouvelle Star) qui a proposé de faire ce livre à Joey Starr, puis s'est livré à l'exercice des longs entretiens durant neuf mois et à la mise en forme de l'ouvrage.
"A la base, la démarche d'écrire un livre est aux antipodes de ce que j'ai toujours voulu", reconnaît Joey Starr dans Rock& Folk du mois de juin (2006 donc). "Raconter ma vie, ca m'a toujours saoulé. Je ne pensais pas le faire un jour », explique-t-il. Mais à l'arrivée, "je me suis totalement impliqué. Je ne voulais que la vérité (...) Nous n'avons pas eu besoin de rajouter le moindre élément romanesque. Tout était là. Les sensations de ma vie."
"Mauvaise réputation", au final, dresse le portrait de Joey Starr en punk ultime, carapace d'un garçon révolté, avide d'amour et d'attention, qui n'a longtemps connu que la rage de vivre et l'urgence de se faire entendre.
Le réveil semble avoir sonné sous les traits d'un petit Matisse, 8 mois. Il fait dire aujourd'hui (c'est à dire en mai 2006 pour rappel) à Joey Starr : "Mon fils m'a conscientisé et responsabilisé (...) L'anarchie ne m'intéresse pas du tout, et pourtant je reste un électron libre. Je n'aime pas les règles, mais je suis obligé de faire avec."
Brillant, articulé, Joey Starr l'a toujours été, en dépit des préjugés. Mais aujourd'hui, c'est officiel : le fauve est devenu fréquentable. (Depuis, sa conduite erratique en a hélas dissuadé plus d'un).
Mauvaise réputation de Joey Starr, avec Philippe Manoeuvre (Flammarion, 18 euros - le livre a été publié depuis en édition de poche chez J'ai Lu)
> Après la condamnation de Joey Starr
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